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Carnet du Chêne VertL’arbre et la haie du grand Ouest

Santé

Les ravageurs du chêne vert réellement signalés

Les fiches horticoles listent une dizaine d’ennemis possibles. La surveillance nationale, elle, en signale deux, et nomme explicitement ceux qu’elle ne trouve pas.

Rameau de chêne vert dont l’extrémité est entièrement desséchée et brune, en contraste net avec le feuillage vert du reste de la branche

La santé du chêne vert est un des rares sujets de ce carnet pour lesquels il existe une mesure publique continue. Le Département de la santé des forêts, service du ministère chargé de l’agriculture, anime un réseau de correspondants observateurs et un réseau systématique de placettes. Ce sont ses signalements, et non des listes théoriques, qui servent de base ici.

Combien de ravageurs comptent vraiment ?

Le guide de gestion publié par le CNPF à l’issue du projet Innov’ilex est net : « deux ravageurs sont à l’origine de la grande majorité des dégâts signalés au DSF ». Il s’agit du bombyx disparate et du bupreste du chêne. Tout le reste est décrit comme ponctuel : « des acariens au niveau des feuilles ou des kermès des rameaux peuvent aussi provoquer des dégâts ».

Cette hiérarchie est utile parce qu’elle permet de trier ce qu’on observe. Devant un chêne vert qui va mal, la probabilité qu’il s’agisse de l’un de ces deux agents, ou d’un problème de station, est bien supérieure à celle d’une maladie exotique.

Le bombyx disparate défolie et cela se voit de loin

Le bombyx disparate, Lymantria dispar, est un papillon dont les chenilles « consomment au printemps jeunes feuilles et bourgeons floraux ». Le guide précise que « les arbres peuvent être complètement défeuillés en début d’été si les attaques sont importantes, mais l’impact à long terme est difficile à estimer ».

Cette espèce fonctionne par gradations, c’est-à-dire par pullulations cycliques séparées de plusieurs années. Le guide date les dernières grandes pullulations de 2008-2009, 2015-2016 et 2019-2020, sur la Corse, l’Hérault, la vallée de l’Ardèche et le massif des Maures. Le bilan de santé des forêts de Corse pour 2024 signale à nouveau un épisode important, avec plusieurs milliers d’hectares défoliés dans des secteurs qui n’étaient pas historiquement touchés, suivi d’une repousse du feuillage dans l’été.

La conséquence pratique tient en une phrase : une défoliation printanière spectaculaire de chêne vert n’est pas, en soi, un motif d’abattage. L’arbre refeuille. Ce qui compte est la répétition sur plusieurs années consécutives et l’état de la station.

Le bupreste sèche des branches entières

Le bupreste Coroebus florentinus produit un symptôme très différent et très reconnaissable. Le guide décrit un insecte « dont les larves creusent des galeries dans les rameaux pour se développer », et dont « les attaques causent généralement la mortalité d’une branche isolée, qui se dessèche prématurément ».

C’est l’image classique du chêne vert portant une ou deux branches brunes et sèches au milieu d’un houppier vert. Le guide ajoute deux observations importantes. La première est chronologique : « les dégâts liés au bupreste sont devenus les plus fréquents depuis les années 2000, et les cycles semblent bien être liés aux années de sécheresse avec des attaques plus fortes les années suivantes, y compris sur des arbres de bonne vitalité ». La seconde est géographique : « ce ravageur est absent en Corse ».

L’effet cumulé sur la forme de l’arbre est décrit comme durable : l’insecte « façonne fortement les houppiers en créant des contours irréguliers », et « en cas d’attaques répétées, l’affaiblissement des arbres est manifeste, sans pour autant aller vers une dynamique de dépérissement à ce stade ». Autrement dit, le bupreste abîme la silhouette avant de menacer l’arbre.

Pourquoi dire ce qui est absent ?

C’est la partie la plus utile du guide, et la plus rarement reprise. Il note explicitement que « certains parasites auxquels on pourrait s’attendre sont absents ». Les phytophthoras, trouvés lors de prospections dans les Maures dans les années 2000 ainsi qu’en Italie et en Espagne, « ne se retrouvent pas en France », bien que le chêne vert soit réputé très sensible, notamment au stade semis. Les chancres, notamment Diplodia mutila, responsables de dépérissements en Italie, « n’ont été trouvés que sur des rougissements de pousses anecdotiques ».

Cette information a une valeur pratique directe : elle évite d’attribuer un symptôme observé dans l’Ouest à une maladie qui n’a pas été mise en évidence en France sur cette espèce. Elle a aussi une valeur de vigilance, puisque l’absence constatée à une date donnée n’est pas une garantie permanente.

Ce que ce carnet ne fait pas

Aucun produit, aucune matière active et aucun dosage ne figure ici. Ce choix n’est pas une précaution de forme : la lutte contre un défoliateur forestier relève d’une décision technique prise à l’échelle d’un peuplement, avec des considérations de seuil, de réglementation phytosanitaire et de protection des auxiliaires, et non d’un conseil générique lu sur une page web.

La conduite raisonnable pour un propriétaire de haie tient en trois gestes. Observer et dater ce qu’on voit, en photographiant le symptôme. Distinguer une défoliation printanière d’une branche sèche isolée, parce que les deux ne racontent pas la même histoire. Signaler au correspondant observateur du Département de la santé des forêts de sa région quand le phénomène dépasse quelques arbres.

Ne pas confondre un ravageur et une station

La confusion la plus fréquente consiste à chercher un insecte devant un arbre qui souffre en réalité de son emplacement. Le même guide montre que la vitalité du chêne vert dépend d’abord de la station : le déficit foliaire moyen observé sur les placettes suivies se situe entre 45 et 50 %, et les analyses statistiques désignent le pH du sol, la température minimale absolue et la fertilité de la station comme facteurs explicatifs principaux.

Devant un chêne vert clairsemé, la première question n’est donc pas « quel insecte » mais « quelle station ». La fiche du CRPF Bretagne dit d’ailleurs la même chose pour l’Ouest, en citant comme principaux ennemis « les stations inadaptées et les froids trop marqués qui sont préjudiciables aux jeunes sujets ».

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