Aller au contenu
Carnet du Chêne VertL’arbre et la haie du grand Ouest

Planter

Sol, exposition, embruns : la station décide de tout

Le chêne vert accepte le calcaire, l’acidité, la sécheresse et le sel. Il n’accepte pas l’eau stagnante. Cette seule asymétrie suffit à trier les emplacements.

Chêne vert isolé en haut de talus côtier, houppier nettement incliné et taillé par le vent dominant venu de la mer

Choisir la station est la seule décision de cette rubrique que l’on ne peut plus corriger après coup. Le format du plant se rattrape, le paillage se refait, la taille se reprend. Un chêne vert planté dans un fond humide ne se déplace pas.

Le drainage, seul critère disqualifiant

La fiche du CRPF Bretagne tient en une phrase le cœur du sujet : c’est une « essence xérophile c’est à dire se complaisant en terrain sec, et redoutant les sols mal drainés », et elle « ne craint ni le calcaire ni les sols acides ». La fiche ClimEssences dit la même chose autrement, en notant que l’espèce refuse les sols hydromorphes et qu’elle accepte les sols lourds au prix d’une croissance faible.

Le test de terrain est simple et se fait en hiver, pas en été. On creuse un trou de quarante centimètres, on le remplit d’eau, et on revient vingt-quatre heures plus tard. Si l’eau est toujours là, la station est disqualifiée. Si elle est partie, elle convient. Ce test se fait entre décembre et février, quand le profil est à son maximum de saturation : le même trou vidé en juillet ne prouve rien.

Le pH compte-t-il vraiment ?

Beaucoup de conseils de plantation commencent par le pH. Pour cette espèce, c’est une fausse piste : les deux sources techniques concordent pour dire que le chêne vert pousse aussi bien sur calcaire que sur substrat acide. Ce qui compte est la profondeur exploitable et la réserve en eau utile.

Le guide Innov’ilex apporte ici une nuance qu’il faut lire dans son contexte méditerranéen : ses analyses statistiques montrent que « les dépérissements sont plus fréquents dans les secteurs calcaires », et que la hauteur dominante, c’est-à-dire la fertilité de la station, « explique à elle seule une grande partie du phénomène de dépérissement ». Autrement dit, le calcaire n’est pas toxique pour l’espèce, mais les stations calcaires méditerranéennes sont souvent superficielles, et c’est la faible profondeur qui pénalise l’arbre. Dans l’Ouest, où la pluviométrie estivale est tout autre, cette corrélation ne se transpose pas telle quelle.

L’exposition et la lumière

Le CRPF décrit une « essence plutôt de pleine lumière » qui « exige des climats chauds et doux » et recommande de veiller « particulièrement à l’exposition et aux conditions microclimatiques locales avant d’envisager toute introduction ». C’est une prescription explicite d’organisme technique, pas une préférence esthétique.

En pratique, dans le grand Ouest, les bonnes stations sont les hauts de talus, les croupes, les bordures de chemin surélevées, les expositions sud et ouest, et les abords de bâti qui restituent de la chaleur. Les mauvaises sont les fonds de vallon, les bas de pente où l’eau converge, les expositions nord fermées, et l’intérieur d’une haie déjà dense où le jeune plant sera dominé pendant les quinze ans qu’il lui faut pour prendre de la hauteur.

Que valent les embruns face au chêne vert ?

C’est la raison principale pour laquelle le chêne vert a été planté sur le littoral atlantique bien au nord de son aire. Son feuillage coriace et son revers feutré lui permettent de tenir en première ligne face au vent salé, là où la plupart des feuillus caducs de haie brûlent et se déforment. La fiche du CRPF confirme qu’il est « parfaitement acclimaté à la douceur de la zone côtière bretonne ».

Il faut cependant décrire ce qu’il fait exactement. Un chêne vert de première ligne ne pousse pas droit : son houppier se taille en biais sous le vent dominant, et sa croissance en hauteur est fortement réduite. Il joue le rôle d’un rideau bas et dense, pas celui d’un arbre de haut jet. C’est précisément ce qu’on lui demande dans une haie brise-vent, à condition de le placer côté mer et de réserver l’arrière du dispositif aux essences qui prendront de la hauteur.

Trois situations fréquentes, et ce qu’on en fait

Premier cas, un haut de talus argileux en exposition ouest, à quelques kilomètres de la côte. Station favorable si le talus ressuie, ce qui est presque toujours le cas d’un talus. C’est la meilleure configuration pour cette espèce dans l’Ouest.

Deuxième cas, une parcelle plane en limono-argileux profond, en fond de vallée. Station défavorable, quelle que soit la qualité du plant. Il vaut mieux y installer des essences adaptées à l’hydromorphie et réserver le chêne vert à une autre partie du linéaire.

Le bord de mer sur sable, le cas le plus trompeur

Troisième cas, un jardin de bord de mer sur sable, très exposé. Station favorable pour le drainage, mais la reprise demandera un abri temporaire les deux premières années, parce que le sable sèche vite et que le jeune plant n’a pas encore le pivot qui le sauvera plus tard. C’est le seul des trois cas où un arrosage de première année se justifie vraiment.

Sources de cette page