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Carnet du Chêne VertL’arbre et la haie du grand Ouest

Planter

Planter un chêne vert : la saison, le trou, le plant

Le chêne vert démarre lentement et pardonne mal une plantation bâclée. Trois décisions comptent plus que toutes les autres : la date, le format du plant, et ce qu’on fait du sol autour.

Jeune chêne vert fraîchement planté dans une haie, protégé par une gaine grillagée et entouré d’un paillage de copeaux de bois

Une plantation de chêne vert se juge trois ans après, pas trois mois après. L’espèce est décrite par la fiche du CRPF Bretagne comme une « essence thermophile à développement très lent » : un plant qui semble stagner la première année n’est pas forcément en échec, et un plant qui pousse vite la première année n’est pas forcément installé.

La saison : entre la chute des feuilles des voisins et la fin de l’hiver

Le chêne vert garde son feuillage, mais il connaît malgré tout un ralentissement végétatif hivernal. La fenêtre de plantation utile dans le grand Ouest va de la mi-novembre à la fin février, avec deux réserves nettes. La première est le sol : on ne plante pas dans une terre gorgée d’eau ni dans une terre gelée, parce que le premier cas asphyxie les racines et le second empêche tout contact fin entre la terre et la motte.

La seconde réserve tient aux minima. La fiche du CRPF identifie parmi les principaux ennemis de l’espèce dans l’Ouest « les froids trop marqués qui sont préjudiciables aux jeunes sujets ». Planter fin février plutôt qu’en décembre réduit la durée d’exposition du plant à l’hiver le plus rude, au prix d’une saison de racinement plus courte avant l’été. Dans une station bien drainée, une plantation précoce reste préférable ; dans une station froide et ventée, une plantation tardive limite la casse.

Quel format de plant choisir ?

C’est le point sur lequel le réflexe du jardinier joue contre lui. Le chêne vert développe un pivot précoce et puissant. Un sujet élevé longtemps en conteneur voit ce pivot buter contre le fond du pot, s’enrouler et rester déformé après plantation, ce qui bride l’ancrage et l’accès à l’eau profonde pendant des années.

Un plant forestier jeune, de type godet profond, ou un sujet racines nues encore petit, reprend mieux qu’un arbre de deux mètres en gros conteneur, et coûte une fraction du prix. Au moment de la réception, deux gestes se font systématiquement : sortir un plant de son godet pour vérifier que le pivot n’est pas enroulé au fond, et rejeter le lot si le chignon racinaire est déjà formé. Sur une haie de plusieurs dizaines de mètres, un lot mal élevé se paie en remplacements pendant cinq ans.

La provenance, qui se décide avant la commande

Un chêne vert vendu en jardinerie vient souvent de pépinières du sud de l’aire, voire d’Espagne. Ce n’est pas un défaut en soi pour un sujet isolé d’ornement, mais dans une haie destinée à durer, la question de l’origine du matériel végétal se pose. La marque de certification Végétal local, portée par l’Office français de la biodiversité, trace la région écologique d’origine des semences et distingue « 11 différentes ambiances écologiques en France métropolitaine et 12 en outre-mer ».

Cette marque ne couvre pas toutes les essences dans toutes les régions, et il est fréquent qu’aucun plant tracé ne soit disponible pour le chêne vert dans le grand Ouest, précisément parce qu’il n’y est pas indigène. Dans ce cas, le choix honnête consiste à le dire, à retenir la provenance la plus proche disponible, et à ne pas afficher une origine locale que l’on n’a pas.

Le trou, le sol et l’eau

Le geste utile n’est pas de creuser profond, c’est de casser la semelle. Dans les sols de l’Ouest, souvent limono-argileux et travaillés, une couche compactée à trente ou quarante centimètres bloque à la fois la descente des racines et l’évacuation de l’eau. Un trou large, ameubli sur les côtés et au fond, vaut mieux qu’un trou étroit et profond qui se comporte comme un seau.

Le rappel de la fiche du CRPF vaut consigne : le chêne vert est une essence « se complaisant en terrain sec, et redoutant les sols mal drainés ». Aucun amendement, aucun terreau, aucune fertilisation ne compense un sol qui reste saturé en février. Si l’eau stagne dans le trou vingt-quatre heures après une pluie, la station est disqualifiée pour cette espèce, et il vaut mieux planter autre chose que s’acharner. La fiche ClimEssences va dans le même sens en indiquant que l’espèce refuse les sols hydromorphes tout en tolérant aussi bien le calcaire que l’acidité.

Après la plantation : paillage, protection, patience

Trois interventions suffisent, et elles se décident le jour même. Le paillage d’abord, sur un large cercle, pour supprimer la concurrence herbacée qui est la première cause d’échec des jeunes plants de haie. Copeaux, plaquettes ou paillis végétal font l’affaire, en couche épaisse et sans contact direct avec le collet.

La protection ensuite, contre les rongeurs et le chevreuil, avec une gaine ou un grillage tenu par un piquet. Le guide Innov’ilex signale que « les rongeurs ou la divagation animale non maîtrisée peuvent empêcher le renouvellement des peuplements » : ce qui vaut en forêt vaut en haie. La patience enfin, parce que le développement lent de l’espèce rend la troisième année plus informative que la première.

L’arrosage, lui, n’est pas une intervention de routine. Un chêne vert planté à la bonne saison dans une station drainée n’a pas besoin d’arrosage régulier dans l’Ouest, où la pluviométrie hivernale suffit à la reprise. Un arrosage estival ponctuel se justifie la première année en cas de sécheresse marquée, mais un arrosage systématique entretient un enracinement superficiel qui rendra l’arbre plus vulnérable ensuite.

Qu’est-ce que la plantation ne règle pas ?

Planter est la partie facile. Le linéaire national de haies recule d’« environ 20 000 km » chaque année selon le ministère de l’Agriculture, alors même que les plantations se multiplient : les haies plantées ne compensent pas celles qui disparaissent, et une partie des plantations récentes échoue faute de suivi les trois premières années. Le budget d’une haie n’est pas dans les plants, il est dans le paillage, les protections et deux ou trois passages d’entretien.

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